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La machine mystère d’Anticythère

Le 4 octobre 2017 par Doc Seven (1 050 vues)

Il faut se le dire, toutes les découvertes archéologiques ne se valent pas. Il y en a qui mobilisent l’attention des chercheurs pendant des dizaines d’années, sans qu’on les ait complètement comprises… Cela fait plus de 115 ans que les spécialistes percent petit à petit les mystères de la machine d’Anticythère. Pourtant, elle ne cesse de surprendre.

La seconde vie de cette machine commence peu avant Pâques 1900, quand deux bateaux de pêcheurs grecs en route pour l’Afrique du Nord sont contraints de s’arrêter sur les côtes d’Anticythère. Une tempête se prépare, ça ne vaut pas le coup de prendre le risque.  Anticythère, c’est une petite île grecque, pas vraiment réputée pour quoi que ce soit. Plus pour longtemps.

L’île d’Anticythère, entre le Péloponèse et la Crète – Google Earth

En attendant l’accalmie, l’équipage des bateaux décide de plonger, voir s’ils ne trouvent pas quelques éponges de mer à remonter. Au bout de quelques minutes, un des plongeurs remonte brusquement, disant avoir aperçu des cadavres d’hommes et de chevaux au milieu d’une épave… L’équipe prolonge la recherche et découvre non pas une ville construite par des pieuvres, mais un vieux navire enfoui à 62 mètres de profondeur… Les cadavres étaient en fait des statues, parfois gigantesques, qui squattaient les fonds de la Méditerranée depuis des siècles et des siècles.
La météo s’étant adoucie, l’équipage remonte quelques objets et reprend sa route vers l’Afrique du nord. Ce n’est que 6 mois plus tard, une fois revenue en Grèce, qu’ils font part de leur découverte aux autorités. Le gouvernement grec dépêche aussitôt des navires militaires, qui mettront plusieurs années à remonter plus ou moins difficilement tous les vestiges qu’ils parviennent à retrouver.
Statues de marbre, statues de bronze, outils, reliques et instruments en tout genre… Beaucoup d’artefacts restent prisonniers de l’épave, mais quand même : il y a de quoi remplir à ras-bord trois salles d’exposition au musée archéologique d’Athènes !

Fragment principal de la machine d’Anticythère (20x20cm) – Wikimedia Commons
Un des nombreux fragments de la machine – Wikimedia Commons

C’est en mai 1902 qu’un archéologue remarque pour la première fois, parmi tous les trésors remontés, un objet étrange, composé de ce qui semble être des engrenages. Plus de deux millénaires après sa disparition, Valérios Stais vient de redécouvrir la machine d’Anticythère.
Après un examen approfondi, les chercheurs arrivent à identifier 85 fragments (3 gros et 82 plus petits) qui forment un objet d’une vingtaine de centimètre de hauteur, avec des inscriptions en grec ancien gravées dans le bronze.
Ce qui va tout de suite frapper les archéologues, c’est la complexité du mécanisme. Dès les premières années, les spécialistes se rendent compte que cette machine est d’une précision technique et mécanique incroyable pour son époque, si avancée pour son temps qu’elle contredit d’au moins 1 000 ans l’histoire officielle du progrès technologique.

Et ce n’est que 57 ans plus tard, en 1959, que la communauté scientifique comprend avec certitude la fonction de la machine. En utilisant des radiographies aux rayons gamma, le physicien Derek Price révèle une horlogerie encore plus complexe que prévue. Surtout, on sait maintenant que la machine décrit avec précision les cycles lunaire, solaire, et même olympiques ! Oui, ce calculateur astronomique te donnait les mouvements des astres, dont les planètes ; te prédisait les éclipses ; et le p’tit bonus qui va bien, il servait de compte à rebours jusqu’aux prochains jeux… Aujourd’hui, c’est la télé qui s’en occupe. En Grèce antique, c’était la machine d’Anticythère.
Les scientifiques pensent que le tout s’activait avec une manivelle, bien qu’elle n’ait jamais été repêchée.

Mais au-delà de l’objet en lui-même, son orfèvrerie mécanique, ce sont les connaissances requises en mathématiques et en astronomie qui mettent tout le monde sur le cul. Pour le dire autrement, on ne pensait pas du tout que les grecs avaient une telle maîtrise de ces disciplines.
Mais dans les années 60, impossible d’approfondir la question : la machine est dans un tel état de corrosion que tous les moyens d’études à portée comportent un grand risque de l’endommager.

Reproduction du mécanisme d’Anticythère – Wikimedia Commons

Il faut attendre le 21ème siècle pour que les technologies redonnent un coop de boost à l’enquête archéologique. Grâce au scanner à rayons X, les plus récentes reproductions 3D mettent en évidence 2 200 caractères en grecs anciens, gravés dans le bronze. A l’avant de la machine, une sorte de traité d’astronomie. A l’arrière, son mode d’emploi, indiquant où placer quels rouages.

Une datation plus précise estime la fabrication de la machine entre 100 et 200 avant J-C. On ne sait toujours pas quel génie a pu imaginer ce mécanisme, mais certains aiment à penser qu’Archimède, décédé vers -212, n’y est pas pour rien dans cette affaire. C’est le plus grand génie de son époque, et les inscriptions en grecs anciens suggèrent une origine sicilienne à l’objet. La Sicile… ça tombe bien, c’est là où Archimède a vécu !

Commentaires - 1 Ajouter un commentaire

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Mélanie
21/10/2017 à 8h31
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J'ai adoré ton article et je trouve que toute les histoires qui se rapprochent de ce sujet sont vraiment très intéressantes. Et je trouve que ceux qui ont inventé cette machine devaient être vraiment très INTELLIGENTS et surtout BADASSES.