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Faire un trip sans se droguer ? La dreamachine

Le 9 octobre 2017 par Doc Seven (1 944 vues)

Grand fan des sixties, tu aimerais voler alors que tu n’as pas d’ailes et planer sans prendre de LSD ? Cette invention est faite pour toi. La dreamachine : un bout de carton, une platine, une ampoule et te voilà parti pour une expérience psychédélique, née du croisement de l’art contemporain et des mathématiques. Preuve que quand il s’agit de rêver, même le chat et la souris sont prêts à bosser ensemble, et ça, c’est plutôt cool.

Avant de voir comment peut bien fonctionner une Dreamachine, impossible de ne pas faire un détour par la mythique Beat Generation, mouvement littéraire et artistique dont le dénominateur commun est de faire voler en éclat le conformisme de l’Amérique d’après-guerre, pas franchement détendue du slip. Ses mots clés : libération sexuelle, trips cosmiques, underground… bref, tout ce qui peut contribuer à exprimer un rejet total de l’ensemble des conventions sociales de l’American Way of Life. En littérature, ça donne des choses assez étranges, genre écriture spontanée ou récits de trips sous substances peu recommandables, dans le but de faire resurgir une prose libre et rythmée comme le tam-tam des chamanes. Et comme tu vas le voir, tout ça n’est pas sans rapport avec notre machine à rêves.

La machine paye pas de mine, certes, mais je t’assure que ça envoie du pâté ! – Wikimedia Commons
William S. Burroughs
William S. Burroughs – Flickr

Brion Gysin, à la fois peintre, artiste et écrivain, traîne dans le milieu et fréquente notamment William S. Burroughs, un des gourous de la Beat, jusqu’à devenir à son tour une des figures mythiques du mouvement grâce à sa Dreamachine, présentée comme alternative à l’abrutissement du cerveau produit par la télé en procurant à son utilisateur des visions de ouf sans prendre de drogue. Je sais pas toi, mais entre la télé-réalité, les infos baddantes et les pubs à gogo, je suis assez curieux de savoir comment fonctionne ce truc…

 

Brion Gysin – Wikipedia

A l’origine de la Dreamachine, il y a une expérience de Brion Gysin, somme toute assez banale, qu’il fait sur la route en 1958 et que tu as sans doute déjà fait toi-même. A bord d’un bus et alors que le soleil se couche, il regarde les arbres qui bordent la route puis ferme les yeux. Apparait alors sur ses paupières closes ce qu’il décrit comme « un kaléidoscope multidimensionnel tourbillonnant à travers l’espace ».

Ni une ni deux, il va voir son ami mathématicien Iam Sommerville, qui quelques semaines plus tard, donne naissance à la Dreamachine, dont le fonctionnement reproduit exactement le phénomène optique à l’origine des visions de son pote.

On s’imagine alors que notre scientifique prodige a inventé un truc de malade, hyper complexe et inaccessible au commun des mortels. Bah en fait pas du tout. Le mec a juste pris un cylindre en carton, qu’il a percé par endroits de petites fentes puis posé sur une platine à vinyles qui tourne à 78 ou 45 tours par minute. Pour chapeauter le tout, notre matheux a suspendu une ampoule ultra puissante à l’intérieur du cylindre et le tour est joué.

Le résultat ? La vitesse de rotation du cylindre et le nombre de fentes font que la lumière émise par l’objet a une plage de fréquence comprise entre 8 et 13 impulsions par seconde, soit l’exacte réplique des fameuses ondes alpha, qui correspondent à la phase de détente du cerveau. Point de départ pour tout apprenti chamane ou amateur de méditation, les ondes alpha seraient très proches de celles émises par la terre et seraient la passerelle vers l’harmonie intérieure et des états de conscience profonds. Sans aller jusque là, notre Dreamachine, lorsqu’on se place devant elle les yeux fermés (et qu’on est pas épileptique), modifie donc la fréquence des impulsions électriques du cerveau et stimule le nerf optique. Les conditions sont alors réunies pour que tu voies voit apparaître des motifs complexes, colorés, voire même des formes et des symboles tourbillonnants au point, paraît-il, de te submerger de couleurs comme si tu étais sous LSD. Au détail près que tu es totalement clean et qu’il te suffit de rouvrir les yeux pour que le rêve, ou plutôt le phénomène optique, prenne fin.

Le genre d’images que tu peux voir sous l’effet de la Dreamachine – Pixabay

Conçue comme un véritable projet d’utilité publique destinée à substituer le rêve au conformisme des écrans de télé, la Dreamachine est certes exposée en tant qu’œuvre d’art lors de sa présentation officielle en 1962, mais notre duo destine avant tout ce prototype à une diffusion de masse et à un usage domestique quotidien. À cet effet, ils mettent à disposition des instructions de fabrication pour que chacun puisse créer par lui-même sa propre part de rêve et s’évader pour de vrai du métro/boulot/dodo. L’utopie sociale libertaire que véhicule la Dreamachine a depuis inspiré de nombreux artistes et séduit encore aujourd’hui, puisque l’on trouve facilement sur la toile des témoignages de gars qui ont fabriqué leur propre machine. Et selon eux, ça marche. Quoiqu’il en soit, cette invention a le mérite de prouver que les mathématiques peuvent faire rêver, et ça, c’était vraiment pas gagné…

Commentaires - 5 Ajouter un commentaire

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Sylys
16/10/2017 à 12h27
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Article sympa et instructif.
Z
23/10/2017 à 17h32
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Est-ce que y a un moyen de se l acheter? Et ou?
    BARDET
    4/11/2017 à 15h58
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    Hey ! Je pense avoir trouver un site qui pourrais te permettre d'en faire un, je ne sais pas si tu pourras en acheter "tout prêt" en revanche. http://www.inter-zone.org/dmplanfr.html Bon lecture :D
    lahna
    22/11/2017 à 21h50
     Répondre
    Salut doc seven, tu peut trouver cette machine sur amazon mais elle coute un peu cher pour ce qu'elle est (200€).Après faut avouer que c'est stylé.
Z
23/10/2017 à 17h32
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Merci en avance.