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Nellie Bly, première reine du journalisme

Le 20 septembre 2017 par Doc Seven (1 244 vues)

Dans le grand récit de l’histoire humaine, il y a des personnages qui en imposent. Des gens qu’on retient par les causes qu’ils ont soutenues, par le progrès qu’ils ont permis.

Nellie Bly est de cette trempe. Je te l’accorde, son nom n’est pas encore dans tous les manuels d’histoire… Il pourrait. On parle quand même d’une des femmes la plus intrépide de son temps, à laquelle il n’a suffi que 57 ans d’existence pour révolutionner le journalisme, et impacter aussi durablement que positivement la condition des femmes, des malades mentaux, et des travailleurs exploités dans son pays.

Nellie Bly en 1890, photo noire et blanc puis retouchée à la main    . – Wikimedia Commons


Elizabeth Jane Cochrane
, de son nom de naissance, voit le jour en 1864, dans une petite ville non loin de Pittsburgh. Et même au nord-ouest des Etats-Unis, en 1864, y a encore beaucoup de boulot niveau respect des droits fondamentaux.

Un peu par caractère, un peu forcée par l’infortune – son père meurt à ses 6 ans, Elizabeth affirme vite son indépendance. A l’âge de 16 ans, elle tombe sur un article profondément sexiste du Pittsburgh Dispatch intitulé « à quoi servent les femmes ? ». Indignée par ce qu’elle peut y lire, elle prend sa plume acérée comme un poignard pour envoyer une lettre de réponse au rédacteur en chef du Dispatch, sous le pseudonyme de « Orpheline Solitaire ». Et ça pour trancher, ça tranche… En mode épisode de fin de saison de Game of Thrones.

Nellie Bly lors de son voyage autour du monde  – Wikimedia Commons

Le rédac-chef est salement impressionné par son regard sur la société américaine, et son sens de la formule, toujours incisive. Un tel don pour la punchline, si tu me permets l’anachronisme, que le mec publie dès le lendemain une annonce pour inviter cette Orpheline Solitaire à se présenter à son journal.

Après un autre article qui finit de convaincre le rédacteur en chef, Elizabeth est engagée comme journaliste sous le nom de Nellie Bly, pour protéger sa famille des futurs haters. Et il y en aura…

Faut dire que Nellie Bly, elle sait mettre le doigt où ça fait mal. Et elle maintiendra la pression tant qu’elle n’aura pas éjecté tout le pus. Dès le départ, elle enquête sur la vie ouvrière, leurs conditions de travail souvent déplorables, voire inhumaines. Ses articles, illustrés par des photos, font à chaque fois grand bruit à Pittsburgh. Pour l’un de ses reportages, elle va même jusqu’à se faire embaucher incognito dans une usine de métallurgie pour enquêter de l’intérieur.

C’est la naissance du journalisme d’investigation clandestine… Avec ses techniques inédites et sa plume abrasive, cette petite (1m60 environ) journaliste d’à peine plus de 20 ans emmerde tellement les grands industriels que ces derniers font régulièrement pression sur le
Pittsburgh Dispatch pour la mettre hors d’état de nuire. Les menaces sont si insistantes qu’elle est même envoyée 6 mois comme correspondante au Mexique par précaution…

« Six mois au Mexique », une série de reportages de Nellie Bly pendant son séjour mexicain  Wikimedia Commons

Nellie Bly emménage à New-York. Après tout, pour une journaliste ambitieuse, c’est là tout se passe. Son premier article met tout de suite tout le monde d’accord, et fait basculer sa carrière dans une nouvelle dimension. Après avoir feint la folie pendant plusieurs jours, Nellie était parvenue à se faire interner 10 jours dans un hôpital psychiatrique pour femmes. Le reportage dévoile aux yeux du monde les conditions épouvantables des patientes et les horreurs des méthodes utilisées… Pas besoin de détails, c’est suffisamment gore pour provoquer un scandale national, qui amènera des changements radicaux dans les traitements des malades mentaux.

Forcément avec un tel palmarès, tu te fais facilement financer des projets plus ambitieux. Comme retracer les pas de Phileas Fogg, héros du best seller « le Tour du monde en 80 jours » publié par Jules Verne en 1872. Elle fait même mieux que Fogg, puisque son tour du monde à elle ne dure que 72  jours, 6 heures et 11 minutes, un record. Rapidement battu, mais quand même, cela suffit aisément pour prouver à la face du monde que les femmes sont tout aussi capables que les hommes.

Nellie Bly, une personne en avance sur son temps, qui a tout fait pour que son temps la rattrape.

 

Ouvrages intéressants sur le sujet:
10 jours dans un asile – Nellie Bly (1887)
Le Tour du monde en 72 jours – Nellie Bly (1889)
6 mois au Mexique – Nellie Bly (1891)
Américaines – 50 Wonder Women de l’Histoire des États-Unis – Patrick Sabatier (2016)

Commentaires - 2 Ajouter un commentaire

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Agatha
13/10/2017 à 17h58
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À une époque très misogyne c'est incroyable qu'une femme ai réussit à faire autant de chose.. Quel dommage que peu de gens connaissent son nom
Zoescha
6/01/2018 à 11h01
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Alors OK pour parler de remarquables inconnus, leur rendre justice tout ça : c'est intéressant, c'est moral, super :-) Mais pitié : que cet intérêt louable ne nous fasse pas du coup oublier la culture générale de base ! Que cette mission de justice ne se fasse pas au détriment des figures les plus connues !! Une fois pour toutes svp... le nom du grand Jules, c'est VERNE. Sans S à la fin, donc. Dommage pour cette bonne grosse boulette`... à corriger d'urgence, pour qu'on puisse plus tranquillement se consacrer à la lecture de ces bios originales par ailleurs tout à fait intéressantes. Merci ;-)