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Octlantis, la ville des pieuvres sociales

Le 4 décembre 2017 par Doc Seven (797 vues)

18 mètres de long sur 4 mètres de large. Rassure-toi, il ne s’agit pas des mensurations du monstre marin géant qui va venir hanter tes cauchemars, mais de la taille d’Octlantis, la ville sous-marine construite et habitée par des pieuvres. Promis, il ne s’agit pas du scénar à l’eau de rose du prochain Walt Disney mais d’une véritable découverte scientifique tout juste sortie des fonds marins australiens.

Plan schématique de la ville d’Octlantis – NairobiHub

Après plusieurs petites virées entre 10 et 15 mètres de profondeur dans la baie de Jervis, au large de la côte est de l’Australie, des scientifiques américains et australiens ont découvert qu’une communauté de pieuvres s’était posée dans le coin pour donner naissance à Octlantis, nid douillet dont les habitations sont hélas exclusivement réservées à l’espèce des Octopus tetricus, dans le cas où tu espérais y choper un Airbnb pour tes prochaines vacances. A défaut d’être partageuses, ces pieuvres pas comme les autres battent en brèche plus d’une idée reçue sur leurs semblables. Non, les pieuvres ne sont pas ces monstres solitaires, bêtes et méchants que tu as vu dans les dessins animés ou les vieux documentaires animaliers.

Si l’on croyait jusque-là que les pieuvres ne se croisaient entre eux que le temps nécessaire de perpétuer l’espèce, cette communauté prouve que non, les pieuvres ne pensent pas qu’au sexe et sont capables d’envisager des relations sociales sur le long terme. Car dans la chaîne alimentaire, nos céphalopodes ne sont pas que des prédateurs mais aussi les proies des requins, des phoques et même des dauphins, et c’est donc tout à leur avantage de se regrouper pour mieux se protéger. Autre marque d’ingéniosité qui ne manque pas d’intérêt en ces temps où l’on parle beaucoup d’habitat durable : les tanières d’Octlandis, agglomérées autour d’un objet métallique de provenance humaine, sont fabriquées par les pieuvres à partir des restes de leur repas, soit essentiellement des coquillages. T’imagines un peu la tête qu’auraient nos maisons si on les fabriquait à partir de nos propres déchets alimentaires… ? Perso je vote direct pour la maison en coquillages. Les capacités intellectuelles surprenantes de cette espèce de pieuvre sur laquelle la sélection naturelle a brillamment fait son œuvre sont d’ailleurs avérées puisque ces pieuvres auraient l’intelligence d’un être humain de 3 ans.

Octopus Tetricus, première espèce de pieuvre urbaine – Wikimedia Commons

Mais là vie est-elle rose tous les jours dans les tanières en coquillages d’Octlantis ? Pas tant que ça. Comme de vraies stars de téléréalité, les faits et gestes de notre communauté de 10 à 15 âmes a été filmée et scrutée à l’aide de 4 caméras GoPro installées sur le site, qui nous ont livrées 10 heures d’interactions sociales diverses et variées. Il s’avère en réalité que les pieuvres auraient d’avantage consenti à supporter la présence de l’autre plutôt que de choisir véritablement un mode de vie communautaire. En gros, Octlandis, c’est le bon plan : si un prédateur se balade dans le coin, du peux te réfugier tranquilou dans une taverne. Pour manger, pas la peine de risquer ta peau à aller chasser pendant des heures, ta piaule est située à proximité immédiate de tes coquillages préférés. Ce mode de vie sédentaire et collectif, totalement atypique pour une pieuvre digne de ce nom, est donc assez tentant et se développe selon un cercle vertueux : les avantages offerts par la vie citadine attirent de nouvelles pieuvres qui viennent consommer les coquillages et crustacés du coin, rejettent ensuite les déchets nécessaires à produire de nouvelles tanières où s’installer, et ainsi de suite. Cette expansion urbaine cyclique a d’ailleurs eu des effets positifs par ricochets, puisqu’elle a attiré une grande diversité de vie maritime au-delà de nos Octopus tetricus.

En revanche, pour ce qui de la propriété privée, les choses ne sont pas tout à fait au point. Quand tu habites à Octlantis, tu peux très bien être posé tranquille dans ta tanière sans embêter personne et venir te faire agresser violemment par un de tes semblables. Dans ce genre de situation, seule la loi de la jungle s’applique, et si tu as la chance d’être le plus grand des deux, tu sors vainqueur et tu peux garder ta tanière, ou bien manque de chance, c’est toi le plus petit, auquel cas tu te fais juste méchamment expulser et te retrouves SDF du jour au lendemain… Il n’y a donc pas que Dallas dans le genre univers impitoyable. D’ailleurs, en parlant de points de comparaison entre pieuvres urbaines et êtres humains, les scientifiques bossent sérieusement sur le sujet en considérant Octlantis comme une ébauche de vie sociale permettant d’éclairer l’apparition et le développement de notre propre existence d’être humain en société, nous qui n’étions à l’origine qu’une poignée de primates évolués au mode de vie nomade et aux mœurs pas franchement raffinées. Car le cas d’Octlantis est loin d’être anecdotique : déjà plusieurs générations de pieuvres ont vécu sur ce site et un cas similaire de ville de céphalopodes, baptisée Octopolis, a déjà été identifiée non loin de là depuis plusieurs années. On assiste donc bien là à une véritable évolution culturelle d’une espèce surdouée de pieuvre… merveille de la nature ou phénomène flippant ? En tous cas, d’ici à ce que les pieuvres aient conquis la Terre, il devrait nous rester assez de temps pour cogiter à quel point les pratiques et les enjeux de ces villes de pieuvres ne sont finalement pas si éloignées de ceux de nos métropoles tentaculaires…

Livres pour aller plus loin :
– Savais-tu – Les pieuvres de Alain Bergeron et Michel Quintin
– L’Âme d’une pieuvre de Sy Montgomery
– Other Minds: The Octopus and the Evolution of Intelligent Life (Anglais) de Peter Godfrey-Smith

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