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John Snow, le héros oublié de Londres

Le 22 décembre 2017 par Doc Seven (1 574 vues)

Mauvaise nouvelle, John Snow est mort. Non t’inquiète, je ne viens pas de te spoiler la dernière saison de Game of Thrones. Je ne suis pas sadique à ce point. John Snow, avec un « h », est mort en 1858, bien avant les premières envolées lyriques de George R.R Martin. Et John Snow ce n’est pas contre des marcheurs blancs qu’il a lutté… Bien pire : c’est contre le choléra.
Tu auras peut-être remarqué que sur ce site on aime bien raconter les vies rocambolesques de personnages historiques peu reconnus, mais pas moins remarquables. Après la poisse légendaire de Guillaume le Gentil l’astronome, les enquêtes extrêmes de Nellie Bly la journaliste, et les captivants voyages de Bernard Moitessier le navigateur, c’est aujourd’hui au tour de John Snow le médecin. Crois-moi, son histoire n’a rien à envier aux exploits guerriers de son homologue sur Westeros.

John Snow et ses rouflaquettes – Wikimédia Commons

John Snow dans les années 1850, il habite à Londres. Et je te parie mon futur yacht que t’aurais aucune envie de vivre à Londres à cette époque. Les rues sont insalubres, une puanteur constante pèse sur la ville tandis que son fleuve, la Tamise, s’est transformé en égout à ciel ouvert où se mélangent boue, excréments, carcasses d’animaux, et même déchets industriels !
Le problème, c’est que le fleuve alimente aussi toutes les réserves en eau de la ville. Et ce qui devait arriver arriva, la population londonienne subissait les assauts récurrents d’épidémies de choléra ravageuses. D’autant plus meurtrières que personne ne connaissait le mode de contamination, et la théorie dominante pensait que la maladie se transmettait par les odeurs. Pas complètement con comme idée mais dans le cas du choléra c’est complètement à côté de la plaque.

Heureusement, le docteur John Snow dans le monde de la science, c’est un mec qui pense à contre-courant. La théorie des odeurs, il ne la sent pas. Alors d’accord le jeu de mot était facile mais c’est vrai : en pratiquant des autopsies de victimes, Snow se rend compte que le choléra laisse les poumons intacts, contrairement aux intestins qui prennent très cher. Etrange pour une maladie censée se transmettre par voie respiratoire… Endossant le costume du Sherlock Holmes de la médecine, John Snow va accumuler les observations, progressant dans ses recherches à chaque nouvelle épidémie.

En 1854, c’est dans le quartier de Soho que le choléra se déclare. En trois jours seulement, déjà 127 décès. Mais cette fois-ci, Snow a une hypothèse à tester. Il répertorie les maisons de chacune des victimes qu’il reporte minutieusement sur un plan de Soho. Une manière de procéder révolutionnaire en médecine, qui lui permet de remonter jusqu’à la source de l’épidémie. La carte est très claire, le nombre de points augmente au fur et à mesure qu’on rapproche de la pompe de Broad Street, qui alimente en eau plusieurs pâtés de maison.

Une partie de la carte de Soho dressée par John Snow. Chaque trait noir représente un malade du choléra. En rouge, la pompe incriminée. – WIkipédia

Si tu as bien regardé la carte, tu as peut-être remarqué un truc bizarre. Juste à côté de la pompe infectée, une brasserie (brewery) sans aucune victime à déclarer. En fait, tous ceux qui y a travaillaient avaient rations de bières gratuites, et ne buvaient jamais d’eau de la pompe…

Le mémorial de John Snow, là où se situait la pompe de Broadwick Street – Wikimédia Commons

Un indice de plus qui finit de convaincre John Snow : il faut fermer cette satanée pompe de Broad Street. Comme par hasard (en fait, non) le choléra a cessé de tuer dans la foulée.

Alors certes il ne manie pas aussi bien l’épée que Jon (et il est nettement moins beau gosse), mais il n’empêche que John Snow a aussi son mot à dire  question héroïsme. Contrairement au seigneur de Westeros, John Snow c’est dans l’anonymat qu’il a sauvé des vies, sans jamais recevoir la gloire en retour. Sa mort d’une crise cardiaque en 1858, seulement quatre ans après ses exploits, n’émeut pas les foules… pas même à Soho. Il faudra attendre 1883 pour identifier la bactérie responsable du choléra, pour que ses collègues reconnaissent le génie incompris du tout premier épidémiologiste de l’Histoire.

Livres pour aller plus loin :
– Cholera, Chloroform, and the Science of Medicine: A Life of John Snow (Anglais) de Peter Vinten-Johansen
– The Medical Detective: John Snow, Cholera And The Mystery Of The Broad Street Pump (Anglais) de Sandra Hempel
– The Strange Case of the Broad Street Pump: John Snow and the Mystery of Cholera (Anglais)

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