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Pi-Ramsès, à la recherche de la cité perdue

Le 1 décembre 2017 par Doc Seven (1 669 vues)
Ramsès II, pharaon bâtisseur – Wikimédia Commons

De toutes les merveilles de l’Egypte ancienne, la capitale de Ramsès II était sûrement l’une des plus spectaculaires. Bâtie pour durer éternellement, le pharaon avait investi des fortunes faramineuses dans sa construction. Pourtant, quelques centaines d’années plus tard, Pi-Ramsès avait disparue, et tous ses trésors avec elle. La capitale perdue devint un sujet de légende, jusqu’à ce que 3000 ans plus tard, sa découverte pose l’une des énigmes les plus déconcertantes de l’histoire de l’archéologie… Quand Pi-Ramsès fit son retour, elle n’était pas au bon endroit.

Dès le 18ème siècle, les égyptologues savent qu’une découverte majeure les attend. Grâce au travail de Champollion sur la pierre de Rosette, de nouveaux textes sont traduits chaque semaine. Parmi eux, plusieurs mentionnent une ville massive érigée à la gloire de Ramsès II durant son règne (-1279 / -1213), capitale de l’Egypte jusqu’à 150 ans après sa mort. Très vite, les archéologues se mettent à la recherche de l’El Dorado de l’Egypte antique.

Sauf que l’Egypte, même antique, c’est grand… Heureusement pour les chercheurs, les textes anciens ne manquent ni de descriptions, ni d’indices sur Pi-Ramsès. Ils savent par exemple que dès son accession au trône, Ramsès II voulait éloigner le pouvoir royal de la ville de Thèbes, couper l’herbe sous le pied à ses grands prêtres, dont l’emprise sur le pays ne cessait de croître. Pour asseoir sa légitimité et attaquer celle du clergé, il lui fallait se distancer des grands temples de Karnak et de Louxor. Pas besoin d’aller fouiller dans ce coin là…
On sait aussi qu’à l’époque ramesside, le plus grand danger qui pesait sur l’Egypte venait d’Asie. La civilisation Hittite, originaire d’Anatolie, est en pleine expansion territoriale, et pas rassasiée de conquêtes. Ce delta du Nil si fertile, inévitablement, ça fait des envieux, et quand le jeune Ramsès II accède au pouvoir, les raids militaires Hittites sont de plus en plus fréquents.
En quittant Thèbes, Ramsès II a logiquement rejoint la Basse-Égypte. Mieux encore, un papyrus donne un indice très précis sur l’emplacement de Pi-Ramsès. Dans le delta, la ville aurait été bâtie le long du bras la plus à l’est du Nil.

Sauf qu’il y a un hic. Les bras du Nil s’assèchent et changent leur cours au fil des siècles. Pendant longtemps, impossible pour les archéologues de savoir quel était ce fameux bras le plus oriental du delta.

L’évolution du Nil avec le temps

Au départ, les regards se portent donc sur les ruines de Tanis. Elles sont connues depuis le 18ème siècle, et correspondent bien à cette description. En 1930, l’archéologue Pierre Montet débarque à Tanis avec la ferme intention de prouver une fois pour toute qu’elle et Pi-Ramsès ne font qu’un. Son expédition est une complète réussite… au premier abord. Pierre Montet déterre des tonnes de pierres et de statues qui semblent avoir appartenu à des temples à la gloire de Ramsès II…
Mais pourtant, l’équipe de Pierre Montet se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond. Le problème c’est qu’à Tanis, rien ne semble à sa place. Qu’à cela ne tienne, Pierre Montet restera persuadé toute sa vie qu’il a bel et bien découvert l’emplacement de la cité perdue de Ramsès II.

Les ruines de Tanis (photo de 2005) – Wikipédia

Pierre Montet décède en 1966. La même année, Manfred Bietak, un égyptologue autrichien, entreprend des recherches qui remettent en question les conclusions du français, et finiront par résoudre l’énigme de Pi-Ramsès. La découverte de Bietak est aussi déconcertante qu’inattendue : ce sont bien les monuments de Pi-Ramsès que Montet a découvert, mais ils sont au mauvais endroit. La ville a été déplacée.
En analysant avec minutie l’évolution des bras du Nil depuis 5 000 ans, Manfred Bietak se rend compte que durant le règne de Ramsès II, Tanis n’était pas située sur le bras le plus à l’est du Nil. Pire encore, le bras que bordent les ruines de Tanis n’existait même pas à cette époque. Impossible donc que le pharaon ait choisi cet endroit pour bâtir sa capitale.
Selon les travaux Bietak, le bras actif le plus à l’est du delta du Nil au moment de la construction de Pi-Ramsès, était le bras pélusiaque. Or le long de la branche pélusiaque, c’est aux alentours de la ville de Qantir, 30 kilomètres au sud de Tanis, que l’on retrouve le plus de vestiges remontant à l’époque de Ramsès II.

Les pieds d’une statue colossale du Nil retrouvés à Qantir – Wikimédia Commons

En fait, après l’assèchement du bras pélusiaque du Nil, les habitants ont progressivement abandonné la ville… Celle-ci est devenue une carrière à ciel ouvert, disponible à qui voudrait pour ses futurs projets de construction. Et ça n’a pas loupé : deux cents ans plus tard, les pierres de ses temples et de ses statues ont été déplacées pour assurer l’approvisionnement nécessaire à la construction de la ville de Tanis. L’énigme, enfin, est résolue…

Pour aller plus loin : 
– Égyptologie de Jacques Azam
– La Momie de Ramsès II : Contribution scientifique à l’égyptologie de Christiane Desroches-Noblecourt, Colette Roubet et Lionel Balout
– Tell El-Dab’a I: Tell El-Daba and Qantir: The Site and Its Connection With Avaris and Piramesse (Anglais) de Labib Habachi

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