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Le jour où un tsunami de confiture fit 21 morts et 150 blessés

Le 28 novembre 2017 par Doc Seven (1 320 vues)

Tempêtes tropicales, tsunamis, éruptions volcaniques désastreuses, voire explosions nucléaires, l’Histoire et l’actualité regorgent hélas d’exemples de catastrophes naturelles ou industrielles plus ou moins dévastatrices sur le court et long termes. Parmi elles, une histoire que l’on croirait tout droit sortie d’une version gore de Charlie et la Chocolaterie mais qui a pourtant bien eu lieu : la grande inondation de mélasse de Boston.
Le 15 janvier 1919 dans un quartier périphérique de Boston, une immense citerne pleine de sirop de sucre explose et se déverse à toute vitesse en une immense coulée visqueuse sur tout un quartier de la ville… Le bilan de l’inondation de mélasse : 21 morts, 150 blessés et des dommages matériels impressionnants.

Un aperçu des dégâts matériels causés par la coulée de mélasse – Wikimédia Commons

Afin de ne pas incriminer injustement nos chers sirops de grenadine, de menthe, voire d’érable pour les plus fous fous, je précise que la coulée était exclusivement constituée de mélasse, c’est-à-dire du résidu marron qui reste de l’extraction du sucre de betterave, à la texture visqueuse, épaisse et collante. Assez peu connue aujourd’hui, la mélasse est à l’époque un produit de consommation courant très utilisé dans la confection de desserts et de friandises, et plus particulièrement dans la production industrielle de liqueurs et spiritueux après fermentation. C’est précisément à ce second usage qu’était destinée la citerne pleine de mélasse qui en ce jour de janvier particulièrement chaud, attend patiemment à la distillerie locale d’être transférée vers une usine. Quand je dis citerne, ne va pas t’imaginer une petite cuve de seconde catégorie, parce qu’en l’occurrence, on a affaire à une bête de compétition : 15 mètres de haut, 27 mètres de diamètre, pour une contenance maximale de 8 700 000 litres de mélasse. D’un coup, on comprend mieux l’ampleur du désastre à venir…

Archives du Boston Globe – Boston Globe

Sans cause apparente, le colosse plein à ras bords s’écroule en pleine journée. Sous la pression, la rupture successive des rivets métalliques de la citerne retentit comme des coups de mitraillette et la terre tremble comme sous le passage d’un train, rapporteront par la suite les témoins. C’est alors que se forme une immense vague visqueuse et collante comme de la glu, genre mollard géant, d’une hauteur de 2,5 à 4,5 mètres de haut !

Se déversant à 56 km/h, la vague est tellement puissante qu’elle défonce les poutres de la gare d’en face et soulève même un train des rails. La masse gluante et opaque engloutit tout sur son passage : des édifices sont carrément arrachés de leurs fondations puis réduits en miettes, et les pâtés de maisons alentours sont inondés jusqu’à un niveau d’un mètre. La puissance de l’explosion est telle qu’elle dégage un souffle à l’odeur sucrée qui attire dans la coulée débris, animaux et de nombreux habitants… Quand bien même ils arrivent à en sortir vivants, les gens ont ingérés tellement de mélasse qu’ils souffrent de toux préoccupantes. Les sauveteurs, qui risquent d’être eux-mêmes piégés dans la vague de super glu, jettent l’éponge au bout du 4ème jour d’intervention. Il faudra ensuite près de 87 000 heures de travail pour décaper la ville, et l’eau du port reste brune jusqu’à l’été. Quant à l’odeur, elle persiste pendant plusieurs années et certains habitants affirment qu’aujourd’hui encore, le parfum de mélasse resurgit les jours de grande chaleur.

Un rail surélevé complètement détruit par l’explosion de la citerne – Wikimédia Commons

Pour autant, les habitants du quartier ne cèdent pas à la terreur et réclament aussitôt que justice soit faite. Ils déposent alors un recours collectif contre l’United States Alcohol Company, propriétaire de la distillerie. L’entreprise, dont les avocats n’étaient manifestement pas super inspirés, tente de mettre la grande inondation de mélasse sur le dos de méchants anarchistes qui auraient plastifié la citerne. Argument peu convaincant, tu en conviendras, comme les juges qui ne seront pas dupes : la boîte est condamnée à une amende équivalente à plus de 8 millions d’euros et l’enquête démontre par A+B que ce désastre insolite a clairement été causé par la négligence de l’entreprise et galvanisé par le contexte de forte chaleur. Un certain Arthur Jell, l’employé responsable de la construction de la citerne, avait tout simplement zappé de tester la citerne avant de la remplir… Or, il se trouve que la citerne a de nombreuses fuites, mais au lieu de les colmater, on choisit de peindre la citerne en brun en espérant que ça passe incognito… Preuve s’il en faut que le coup du « plus c’est gros, plus ça passe » ne marche pas à tous les coups et peut produire de véritables désastres.
Cette catastrophe insolite, qui fait encore partie du folklore du quartier, aurait donc pu clairement être évitée, et même plutôt 2 fois qu’une : ironie de l’histoire, l’inondation de mélasse est survenue la veille du vote de la Prohibition, qui interdira jusqu’en 1933 la production d’alcool…

Un mémorial dressé non loin des lieux du drame – Wikimédia Commons

Pour aller plus loin :
The Great Molasses Flood : Boston, 1919 (anglais) de Deborah Kops
– The Great Molasses Flood (anglais) de Beth Wagner Brust

Commentaires - 1 Ajouter un commentaire

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Clarat Arnaud
7/12/2017 à 1h15
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J'ai déjà lu cette histoire dans le livre "C'est arrivé un jour" de Pierre Bellemare, un livre que je conseille à tout les fans de ce genre d'histoire insolite :p