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Le musée des ventriloques, un lieu aussi flippant qu’insolite !

Le 29 novembre 2017 par Doc Seven (555 vues)

Engastrimythes, sibilots, gastriloques… autant de petits noms donnés au cours de l’Histoire pour désigner les ventriloques, ces artistes aux cordes vocales affûtées qui arrivent à parler sans remuer les lèvres pour donner l’impression que la voix sort de la marionnette qu’ils tiennent dans leur main. Souvenir traumatique de numéro de cirque ou de show douteux sur le plateau de Patrick Sébastien, ton enfance te rappelle peut-être quelques souvenirs pas très sexys de cette discipline un peu flippante, il est vrai. Mais il fut un temps, plus précisément entre le XIXème siècle et la première moitié du XXème, où les ventriloques étaient très populaire et leurs marionnettes de vraies petites œuvres d’art (comme les bijoux en cheveux, quoi).

Berger et sa marionnette préférée – Homespages

D’ailleurs, un certain William Shakespeare Berger, aka W.S., ne s’y était pas trompé. Dingue de ventriloquisme, il amasse de 1910 à sa mort en 1972 une collection impressionnante de marionnettes et autres objets liés à la discipline pour donner naissance à ce qui est aujourd’hui l’unique musée au monde dédié à cet art. Après, si les phallus Ouvert au public depuis 1973 dans le coin de Cincinnati, la collection du Vent Haven Museum expose aujourd’hui plus de 900 marionnettes, dont les plus anciennes datent du XIXème siècle. La passion de W.S. Berger pour ces étranges marionnettes est d’autant plus étonnante qu’il n’était lui-même pas du tout ventriloque, mais un businessman lambda des environs de Cincinnati. Toujours est-il que tout commence un beau jour de 1910, lorsqu’il achète sa première marionnette, répondant au nom de Tommy Baloney.

Tommy Baloney – Vent Haven

Mais Tommy ne restera pas seul bien longtemps, car des petits copains le rejoindront par dizaines pendant les 1930 et 1940, si bien que tout ce petit monde se voit déplacé dans le garage de leur propriétaire, rénové à cet effet. La maison de W.S. Berger et son épouse n’était en effet plus assez grande pour contenir son impressionnante collection. Mais notre mordu de ventriloquisme ne s’arrête pas là et se retrouve avec une telle quantité de marionnettes sur les bras qu’il fait carrément construire un bâtiment dédié à ses marionnettes en 1962. Loin d’être un collectionneur coupé du monde, W.S. Berger s’engage personnellement dans le milieu du ventriloquisme et fonde à la fin des années 1940 la confrérie internationale des ventriloques ainsi que l’Oracle, un magazine dédié à l’actualité de la profession. Tu as droit à mon respect éternel si tu me retrouves en kiosque une revue dédiée au ventriloquisme en 2017. En tous cas, son étrange passion semble être une vraie cure de jouvence, car W.S. Berger survit non seulement à sa femme, à son fils, mais aussi à son petit fils. Sans héritier, il décide donc de faire de sa collection un musée à but non lucratif dédié à la connaissance de l’art du ventriloquisme.

Parmi les plus vieilles pièces de la collection… Un poil angoissantes, hein ? – Flickr

Vu le relatif déclin de la profession, on aurait pu penser que la collection tomberait dans l’oubli et que le musée, ouvert en 1973, ne ferait pas long feu. Que neni. En plus de 40 ans, le Vent Haven Museum est devenu une institution mondiale et a quasiment doublé de taille grâce aux dons ininterrompus de marionnettes, mais aussi de manuscrits, d’affiches d’époque et autres bandes son de spectacles. Le temps fort de l’année au Vent Haven Museum ? Chaque juillet, il accueille la fameuse convention mondiale du ventriloquisme créée par W.S. Berger, et aussi étonnant que ça puisse paraître, l’évènement rassemble encore jusqu’à 600 professionnels venus du monde entier (plus leur double flippant duquel ils font sortir leur voix, ce qui commence à faire beaucoup de monde). Si toi aussi, ventriloque ou pas, tu veux participer au financement de cette aventure insolite, tu peux carrément adopter une marionnette via le site du musée : un exemplaire du meilleur goût à l’effigie de l’ancien président Nixon n’attend que tes bras. Ou plutôt ta main droite.

Un partie de la collection, on te laisse retrouver Nixon ! – Flickr

Le ventriloquisme a beau être aujourd’hui encore un art de la fête destiné à l’amusement, l’alignement de dizaines de corps de marionnettes aux visages plus ou moins sympathiques, dont les yeux ont l’air de te fixer personnellement, garde quand même quelque chose d’assez flippant. D’ailleurs, la direction du musée ne s’y est pas trompée, puisqu’un avertissement laisse la responsabilité aux parents de venir accompagnés de leurs enfants de moins de 7 ans… ou pas. Charge à toi, donc, d’y amener ton petit frère ou ta petite sœur, mais en ce qui te concerne, sache que 4 anciens modèles de marionnette sont à ta disposition sur place, des fois où tu te découvres un talent dse ventriloque. De quoi faire sensation au 31 octobre. Il faut dire que les clichés ont la peau dure, car jusqu’au XXème siècle, on croyait que les ventriloques étaient possédés par un esprit démoniaque qui logeait dans leur ventre, d’où le nom donné à la profession. Maléfiques ou pas, ces étranges marionnettes sans voix n’ont en tous cas pas fini de faire parler d’elles…

Livre pour aller plus loin : Tous ventriloques ou La ventriloquie à la portée de tous
–  de Harry Lançon

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